vendredi 27 mai 2016

¤ Quand la nuit devient jour, de Sophie Jomain ¤


Résumé :
"On m'a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m'enfonce une épine dans le pied, d'écrire l'échauffement d'une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j'ai trop mangé, de l'élancement lancinant d'une carie, mais je suis incapable d'expliquer ce qui me ronge de l'intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n'est en mesure de m'aider. Dieu, la science, la médecine, même l'amour des miens a échoué. Ils m'ont perdue. Sans doute depuis le début.
J'ai vingt-neuf ans, je m'appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016.
Par euthanasie assistée." 


- Editeur : Pygmalion
- Paru le : 27 avril 2016
- Pages : 238


Mon avis :
Je remercie chaleureusement les Editions Pygmalion pour l'envoi de ce roman qui me faisait énormément envie. Un thème difficile à aborder, mais qui me touche tout particulièrement et avec la plume de Sophie Jomain j'étais très curieuse de voir comment cela allait passer.

Nous entrons directement dans le vif du sujet avec Camille qui nous dévoile quelques anecdotes depuis sa plus tendre enfance jusqu'au moment où elle a commencé à se sentir différente, « à part » de la société actuelle qui ne cesse de nous vouloir tous dans le même moule. Son mal-être et son impression de ne pas faire partie de ce monde s'accroît au fil des ans. Des moqueries de la part de ses camarades de classe aux déceptions amoureuses pourtant peu nombreuses, on la sent de plus en plus mal dans sa peau et dans ce corps qu'elle n'arrive pas à aimer, à dompter et à accepter comme étant le sien quoi qu'elle fasse. Elle n'a pourtant pas une vie de famille compliquée ou malheureuse : pas de divorce, pas de dispute parentale, pas de frères ni de sœurs pour lui faire éprouver un sentiment de dégoût vis-à-vis de son corps, pas de manque d'affection. Elle a ce qu'on peut dire « tout pour être heureuse » et pourtant le bonheur n'arrive pas. Quoi qu'elle fasse, il y a toujours cette part d'ombre en elle qui lui rappelle combien elle est différente et qu'à ce stade elle ne pourra jamais plus rien y faire. Cette part d'ombre qui grossit au fil du temps altère son jugement, ne reste plus tapie dans le souvenir de ce qu'elle a été étant plus jeune, et elle prend le contrôle de notre jeune Camille au point de l'inciter à vouloir en finir avec la vie. Elle lui cède et prend la décision de se rendre en Belgique pour une demande d'euthanasie volontaire. A partir de là, tout commence pour elle et pour nous qui allons la suivre dans les trois derniers mois de sa vie.

Rien que le début m'a complètement coupé le souffle. Les larmes sont montées très vite et la boule dans la gorge ne m'a pas quittée un seul instant. Je me suis sentie très proche de Camille et n'ai eu aucun mal à la comprendre, contrairement à d'autres qui pourraient penser qu'il suffit de le vouloir pour se sortir d'une dépression. Si ce serait aussi simple, les cliniques psychiatriques et autres établissements de santé feraient faillite ! Le mal être que Camille ressent m'a énormément touchée et c'était très troublant surtout dans la manière qu'elle a d'aborder la vie et de se poser certaines questions que je me suis déjà posées aussi. Après tout, quel est notre rôle sur Terre puisque, tôt ou tard, on finit par mourir ? C'est vrai après tout, à quoi bon ? Je ne l'ai jugée à aucun moment puisque ces questions me sont venues aussi à l'esprit et me viennent encore sans jamais trouver de réponses valables pour justifier que l'on vit comme si de rien n'était, en faisant semblant que tout va pour le mieux. Camille est l'exemple parfait de nombreuses personnes qui ressentent exactement les mêmes maux sans jamais être pris au sérieux dans notre société où tout n'est qu'apparence et faux semblant.

•°•° Les maladies incurables sont généralement visibles à la longue, mais la mienne est sournoise. Elle se cache et donne l'illusion de ne pas exister. Elle est pourtant bien là, chaque jour, chaque nuit. Elle court dans mes veines comme un poison insuffle à mes poumons un air irrespirable. •°•°

Le côté roman et les mots de Sophie Jomain apportent un certain charme et une beauté si inattendue à l'histoire qu'ils ne peuvent que vous mettre du baume au cœur. La bienveillance de certains personnages qui vont entourer Camille pour ses derniers jours de vie m'a profondément émue, si bien que plus on avance dans l'histoire et plus on garde espoir quant à l'issue finale et on ne cesse de se demander si oui ou non elle va aller jusqu'au bout. On sent l'espoir renaître petit à petit, on espère avec une telle force que les pages se tournent à toute vitesse. On a mal au ventre et on termine sur une fin si frustrante, qu'on a soit envie de hurler à pleins poumons soit, comme moi, de rester le regard dans le vague un moment avec l'impression très désagréable d'avoir reçu un coup de poing dans le ventre.

Je ne saurais dire à quel point cette histoire m'a remué les tripes et m'a laissée le cœur en lambeau. Je me suis énormément attachée à Camille, la force et la détermination dont elle fait preuve pour en finir avec le mal qui la ronge et le combattre pour de bon sont admirables. Même si cela reste un suicide assisté, elle veut partir avec dignité par respect pour ses parents et en cela je n'ai pu que l'admirer. C'est difficile à comprendre d'un point de vue extérieur, mais lisez ce roman, imprégnez-vous de ces pages, des mots de l'auteure, des pensées de Camille et vous verrez, si vous gardez l'esprit ouvert sans aucune intention de jugement, que vous la comprendrez, vous aussi, sans aucun mal.

En somme, je crois que c'est sans surprise que ce roman est un très gros coup de cœur ! De ceux que je relirais sans mal, même avec un thème aussi difficile, délicat et tabou, car on y décèle tellement de beauté, de bienveillance et d'amour que cela réchauffe le cœur. On se sent moins seules pour affronter la vie, la société, les gens à l'esprit si étriqué qu'on se demande chaque jour comment ils peuvent vivre sans aucune gêne parmi nous. Je ne peux que vous recommander ce roman à plus d'un titre, vous y décèlerez, vous aussi, tous ces sentiments que je cite et bien plus encore j'en suis certaine. Je ne remercierai jamais assez l'auteure pour avoir écrit cette histoire, l'histoire de Camille, la jeune et jolie jeune femme si attachante qui malheureusement n'a pas su trouver sa place en ce monde comme bien d'autres avant elle...

Ma petite note :  


Je vous partage la musique que j'ai écoutée en boucle (et que j'écoute encore d'ailleurs) tout au long de ma lecture (même si elle ne correspond peut-être pas tout à fait au roman, mais elle m'a suffisamment touché pour que je la partage ici) :




Merci encore à eux :




2 commentaires:

  1. Ce livre a l'air vraiment poignant, j'ai très envie de le découvrir

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    Réponses
    1. Oh oui il l'est ! FONCE là encore, il est vraiment superbe, joliment écrit et sur un thème assez difficile en plus.

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